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AVE !

Par admin labarthe, publié le mardi 8 avril 2014 13:42 - Mis à jour le samedi 21 mars 2020 15:42
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Bienvenue en LCA, langues et cultures de l'Antiquité. Vous voulez en savoir plus sur ce monde fantastique, passé de nombreuses civilisations, cliquez sur "Blog" ou sur Latin 5e/4e/3e (à gauche) puis "Blog"!!!! Bonne lecture, bon voyage!!!

Vous êtes en 6e et vous hésitez à prendre l'option: peur d'avoir trop d'heures, peur d'avoir trop de travail, vous ne voyez pas l'intérêt...C'est normal de se poser des questions. Sachez que l'option est bien loin, très loin même de celle de l'époque de vos parents. Elle est maintenant plus axée sur la mythologie, la civilisation... Tous les thèmes peuvent être abordés en lien avec le programme et des parallèles sont faits avec l'actualité (arts, cinéma, littérature, histoire, sciences, politique..), avec d'autres langues et civilisations (français, anglais, allemand, espagnol, italien, portugais, etc). 

"Le latin ça ne sert à rien, c'est une langue morte"= FAUX. Tout d'abord, il ne s'agit pas d'une option de latin mais de LCA: "langue et culture de l'Antiquité". Nous pouvons aborder le latin comme le grec, voire apprendre le grec à la demande des élèves. Cette langue est bien plus que vivante, elle est immortelle car elle est toujours présente dans notre propre langue, le français (80% des mots) mais aussi dans d'autres langues, dans nos façons de penser, de vivre. La présence de l'antiquité gréco-romaine est réelle dans des nombreux pays (culture, architecture, objets etc). 

Voici des exemples:

-"LCA" est d'abord une option: les élèves ne travaillent pas dans les mêmes conditions qu'une matière obligatoire=> possibilité de discuter, de modifier/d'adapter le cours, de préciser ses envies pour travailler dessus (thèmes, format: jeux vidéos, livres, films, jeux etc). De nombreux jeux, supports, formats (numérique) sont mis en place pour apprendre: s'amuser en apprenant (cf. "castigat ridendo" de Molière). Retrouver le goût du plaisir d'apprendre car le cadre est "différent". Cette option est accessible à tous les élèves y compris pour ceux qui ont des difficultés: tout le monde y arrive et prend confiance.

-Les LCA (latin et grec) permettent:

*d'acquérir une meilleure connaissance de la langue française (langue romane, issue du latin comme l'espagnol, l'italien, le portugais, le roumain..)

-grammaire: pour traduire, nous revoyons systématiquement le modèle français (et celui des autres langues modernes) pour faire des comparaisons. Nous essayons de comprendre le système à déclinaisons (que nous retrouvons en allemand, en hébreu, en arabe, en hongrois, en russe etc). Nous abordons constamment le vocabulaire de la grammaire: classes grammaticales, fonctions, conjugaisons etc= temps supplémentaire pour comprendre, apprendre.

-orthographe: en voyant du vocabulaire latin/grec et donc français, nous essayons de comprendre l'orthographe de ces mots en français (évolution du mot)= pourquoi certaines lettres ne se prononcent pas mais demeurent.

Ex: "Temps" vient du mot "tempus" en latin. La voyelle "u" a disparu et le "p" et "s" restés ne sont plus prononcés.

-vocabulaire, lexique: nous découvrons quantité de mots en latin et en grec (mots savants, courants etc) et à partir d'eux, nous cherchons les racines héritées en français, l'évolution des mots français, des mots de la même famille en français, des mots communs français, italien, espagnol etc.

EX: mot "civis", citoyen, "civitas", cité (ville avec un système politique, société organisée)=> mots en français "civil, civilisation, incivilité", ces mots ont en lien un rapport avec la cité.  anglais: "civilization, to civilize", portugais "civilidade", italien "civilizzazione" (travail sur la phonologie=> pourquoi le "s" est devenu "z", une voyelle a changé etc)

N.B: les mots issus d'une même racine dans plusieurs langues n'ont pas nécessairement la même définition=> nous cherchons pourquoi aussi.

*combattre des difficultés: lenteur, manque d'intérêt/curiosité, imagination en berne, problème en langue (grammaire, orthographe, vocabulaire etc). On apprend à notre vitesse.= temps pour expliquer. Travail sur la phonologie (formations des lettres, des sons), étymologie (formations des racines, des mots, mots de la même famille etc), histoire et évolution, découverte de mythes, de livres sur l'antiquité pour travailler l'imaginaire et l'imagination.

*Favoriser la curiosité: découverte de nouveaux mondes, domaines=> civilisation, mythologie...=> obtenir une Culture Générale.

Les élèves proposent des thèmes, des sujets sur lesquels travailler.

*obtenir des mécanismes, méthodes pour apprendre des langues: parallèle entre les langues et spécificités, évolution de chaque langue= observation des systèmes de construction des langues (déclinaison, terminaisons, pronoms etc)=> permet de s'adapter plus vite pour l'apprentissage des langues

*se construire une culture et un bagage culturel commun à plusieurs pays: découverte de deux civilisations mais aussi d'autres à la période antique avec les conquêtes romaines (gaulois, carthaginois, égyptiens, grecs etc), découvrir le passé commun de nombreux pays qui se situent sur le pourtour méditerranéen "mare nostrum", moyen aussi d'en connaître un peu plus sur ses origines, ses racines. Découverte de pensées, de savoirs, d'architectures, de l'histoire, la littérature etc de ces pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*Développer l'ouverture d'esprit: Curiosité, geste de s'ouvrir à d'autres civilisations, d'autres cultures, d'autres façons de penser, voir les similitudes/différences. Voir/imaginer le monde permet de s'ouvrir aux autres cultures, civilisations de nos jours, de les accepter, de mieux les comprendre, de réfléchir.

*Se fabriquer des mécanismes, des moyens mnémotechniques (mnémo= mémoire en grec): s'adapter, faire des liens, des parallèles (langues, vocabulaire, civilisation etc) pour mieux retenir, s'entraîner=> le muscle du cerveau acquiert une gymnastique qu'il peut répéter, adapter sur d'autres modèles ( "myo" en grec qui a donné "myocarde", muscle du coeur, myopathie, maladie des muscles (pathos= souffrance, maladie), myalgie, douleur musculaire (algie= douleur)) .

Ex: je sais que algos en grec= douleur donc je devine que antalgique= anti douleurs, névralgie= douleur des nerfs etc. Sans connaître le mot; en l'entendant, notre cerveau va utiliser des mécanismes pour trouver le sens du mot à partir de ce qu'il connaît. Ce mécanisme marchera pour d'autres situations.

*Mieux comprendre notre société: des parallèles constants sont faits avec notre société. Nous utilisons ces civilisations anciennes comme laboratoire de réflexions. En réfléchissant sur notre passé, nous essayons de comprendre l'évolution de notre histoire, de nos droits, de nos systèmes (politiques etc), de notre façon de penser, de nos façons de vivre etc. Les élèves arrivent d'eux-mêmes à trouver des comparaisons avec l'actualité, à faire le lien et mieux comprendre notre actualité. Pour cela, nous abordons la littérature, les arts (peinture, sculpture), les médias (journaux, pub etc), slogans, devises etc. Nous travaillons sur la critique de façon objective et constructive de la société romaine pour avoir un oeil objectif sur la nôtre.

*Travail sur l'orientation et les métiers notamment en 3e: nous abordons constamment plusieurs matières (lettres, langues, sciences, philosophie, arts etc). Travail sur l'oral: discussion, débat, réflexion, citoyenneté, travail sur l'art oratoire, l'éloquence et la rhétorique (parler en public, les orateurs de l'antiquité à nos jours). Vocabulaire en lien avec les métiers: médical, animaux, plantes, justices, langue, architecture, artistique, politique etc

*Travail sur le Brevet: En 3e, nous voyons des sujets type Brevet sur des textes antiques comme Antigone (travaillé en lettres en 3e).

*Apprendre la rigueur, la persévérance, l'endurance: autres techniques, autres méthodes de travail. Pour traduire, pour comprendre, il faut apprendre à organiser. Les élèves qui choisissent l'option prennent du temps pour apprendre plus, se documenter plus, adoptent une attitude de travail. En s'engageant pour trois ans, ils relèvent ce défi.

En somme, les LCA apportent quelque chose de concret (qui se voit, se mesure) mais surtout d'abstrait: techniques, méthodes, mécanismes, réflexions. Cela aide au quotidien (même si on ne s'en rend pas compte de suite= cf. les témoignages). 

 

 

 

 

 

 

Pour vous rassurer et/ou en savoir plus, lisez la plaquette ci-dessous ou visitez le Blog LATIN 5e/4e/3e et les espaces des classes sur le latin. N'hésitez pas à rencontrer le professeur de lettres classiques (enseignant le français, le latin et le grec) pour dissiper toutes craintes.

Pour en savoir plus, site du ministère et eduscol:

 

Vous êtes en 3e et vous hésitez à continuer les LCA au lycée, lisez le document officiel de l'Académie de Toulouse et l'arrêté officiel. Les LCA peuvent être commencées en débutant au lycée.

-Au lycée, peut-on suivre la spécialité Littérature et langues et cultures de l'Antiquité, prendre l'option latin/grec? A quelles conditions?

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000037202776&fastPos=1&fastReqId=648770146&categorieLien=id&oldAction=rechTexte

Article 3 
I. - Les élèves peuvent choisir au plus deux enseignements optionnels selon les modalités suivantes :
- un enseignement optionnel général choisi dans une liste figurant dans le tableau en annexe 1 au présent arrêté,
- un enseignement optionnel technologique choisi dans une liste figurant dans le tableau en annexe 1 au présent arrêté.
II. - Les enseignements optionnels de langues et cultures de l'Antiquité - LCA - de latin et grec peuvent être choisis en plus des enseignements mentionnés au I.
III. - Le présent article n'est pas applicable à la série « sciences et technologies de l'hôtellerie et de la restauration » - STHR.

Annexe1

Note (e) Les enseignements optionnels de LCA latin et grec peuvent être choisis en plus des enseignements optionnels suivis par ailleurs.

Commentaires
NB : les commentaires sont désormais clos
  • Témoignages d'élèves du lycée Millet sur l'option latin/grec des années après= que sont-ils devenus?

    MARIE ELINE BARRABES
    Modifié il y a plus d'un an
    Des élèves d'un lycée exposent leur point de vue sur l'option latin/grec des années après. Que leur a apporté l'option: https://latinetgrecaulyceemilletfluctuantnecmerguntur.wordpress.com/2019/02/11/orientation-que-sont-ils-devenus/?fbclid=IwAR0eZHCfS2ZBQiy4O9hjOJF3QfUkfY0S1jDXMR07j2mQJnfW5S5DIPKsfMA
  • La programmation, le latin du futur?

    MARIE ELINE BARRABES
    Créé il y a plus d'un an
    https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/la-programmation-latin-du-futur-1775/amp/?fbclid=IwAR3ct1CeF05UYuv-xNwPmK4-P_J1Pe3cmK-39UfWonjFDaNcNfaoQVRlP64
  • Du latin dans notre langue?

    MARIE ELINE BARRABES
    Modifié il y a plus d'un an
    Des mots latins se cachent dans ce texte, trouvez-les! ERRARE HUMANUM EST Je n’ai pas envie de faire du latin : c’est un véritable pensum et cela ne sert à rien. Quelle en est l’utilité pour mon curriculum vitae ? Les patrons savent bien que ce n’est pas le latin qui fait venir les clients. Tout ce qui m’intéresse, c’est de faire des calculs pour m’offrir un petit pécule et revenir chaque soir vers mes pénates. La culture, je peux la trouver sur internet ! En fait, j’ai le virus du cinéma ; je voulais être engagé comme acteur pour le film « Le Titanic ». Je m’imaginais, moi, Robert Canasson, alias Bob Horse, en haut de l’affiche. Pour moi, cela aurait été le nec plus ultra : j’aurais signé des autographes sous les vivats, j’aurais été partout persona grata, j’aurais pu juger de visu de la beauté de mes vedettes préférées. Hélas, il aurait fallu être américain, c’était la condition sine qua non. Les Américains ne veulent pas que le nombre d’étrangers chez eux dépasse un certain quota. J’aurais pu demander un visa mais je suis sûr qu’ils m’auraient opposé leur veto… Quels barbares ! Bref, j’ai dû y renoncer et le début de ma carrière d’acteur est ajourné sine die. J’aurais eu besoin d’un mécène, d’un mentor, enfin d’un sponsor… Maintenant j’en suis arrivé à un modus vivendi : je me contente de voir mes vedettes sur vidéos ou grâce aux médias. Je sais, dans ces conditions, je ne risque pas l’infarctus… Pour en revenir au latin, je considère que c’est une matière inutile, même pour les examens. Celui qui parlerait latin sur le campus de l’université serait accueilli par des quolibets. A quoi cela sert-il dans notre monde moderne, à l’heure des agendas sur ordinateurs, des mémentos électroniques en tous genres où la conversation est réduite au minimum ? D’ailleurs, si on ôtait tous les mots latins du français, qui s’en apercevrait ? Pas moi : je ne m’en sers jamais … a priori. texte de Isabelle Korda, enseignante de lettres classiques
  • Question d'une professeure à un doyen émérite d'une faculté de médecine sur l'utilité des langues anciennes pour la médecine.

    MARIE ELINE BARRABES
    Créé il y a plus d'un an
    Monsieur le Doyen, Je suis depuis près de 20 ans enseignante de français et de latin aux 2° et 3°degrés. Je me permets de m'adresser à l'ancien doyen de la faculté de médecine que vous êtes pour obtenir l'une ou l'autre information destinée à mes élèves perdus dans la jungle des choix d'options et stressés par leur avenir. Quoi de mieux, finalement que de m'adresser à la source ? Je m'explique. Fin de 4ème année des études secondaires, nos élèves doivent poser un choix quant à leur option de fin d'humanités. Un choix cornélien qui génère une angoisse non négligeable pour leur jeune âge. La question qui se pose à eux est celle-ci : pour réussir en médecine (ou en dentisterie) doivent-ils impérativement faire le choix d'un maximum d'heures de mathématiques (8 heures chez nous) et de sciences (6 heures, voire 7) et, par conséquent abandonner le latin ? Le choix du latin implique en effet l'abandon de l'une ou de l'autre option. Certains aimeraient poursuivre les langues anciennes, mais craignent de faire le mauvais choix. Dans ce cas, c'est le choix de l'utilitaire qui l'emporte... Si je conviens qu'il est sans doute souhaitable de choisir l'option scientifique (quoique certains de nos élèves réussissent fort bien sans cela), les mathématiques fortes sont-elles aussi une voie conseillée, voire recommandée? Ne peut-on considérer que le latin offre une formation suffisamment rigoureuse, structurée, basée sur l'analyse, la réflexion, l'étude, l'esprit critique, .... pour aider à la réussite de ces études ? Mes collègues scientifiques arguent que le cours de sciences 3 heures n'a plus le niveau de naguère... Qu'en pensez-vous ? Je vous remercie d'éclairer ma lanterne afin que je puisse répondre en toute honnêteté aux questions de mes jeunes élèves, pressés de se spécialiser dès la 5° humanité. Madame Patricia Marra Professeur de Latin ----------------------------- Chère Madame, Je vous remercie de votre courrier. Les élèves qui vous posent ces questions font preuve d’une certaine naïveté. Le but de leurs études secondaires n’est pas de se préparer à décrocher un diplôme, mais de se préparer à vivre une vie harmonieuse, généreuse, constructive, intéressante, riche en contacts humains. Dans le cadre concret de leurs questions, il ne faut pas confondre entre les qualités nécessaires pour réussir les études de médecine, et les qualités nécessaires pour être un bon médecin. Les études occupent quatre ans et demi de la vie ; les stages cliniques et la profession occupent 45 ans. Pour réussir les études, il suffit d’être intelligent et travailleur. La première qualité manque très rarement, car l’homme est naturellement intelligent, et ces études ne demandent pas une intelligence exceptionnelle ; ce qui manque souvent, c’est le courage de travailler. Pour être médecin, il faut bien d’autres qualités : l’empathie, l’écoute, la générosité, l’humilité, le discernement, la persévérance, l’esprit critique, le sens des nuances, la souplesse de la pensée, la maîtrise du raisonnement logique, la capacité d’apprendre par soi-même, le sens des responsabilités… Chaque année, je vois quelques étudiants qui viennent de réussir brillamment leurs études, et qui se révèlent totalement incompétents pour l’exercice de l’art médical. Ils sont fort malheureux, et sauf à changer de voie, peuvent causer beaucoup de tort. D’avoir côtoyé dans ma profession des centaines de frères humains me permet d’affirmer que leur rayonnement n’est pas lié à leur diplôme, mais à d’autres qualités, dont beaucoup développées pendant les études secondaires, et que si diplôme ils ont, leur valeur n’est pas liée à la nature du diplôme, mais à l’usage qu’ils font de cette richesse. Une autre naïveté est de croire que pour aborder les études de médecine ou d’art dentaire il est avantageux d’entrer à l’université avec un bon bagage d’avance de connaissances. C’est faux. C’est l’université qui se charge d’apporter les connaissances requises. Que l’étudiant ait deux mois d’avance en sciences ne contribue guère. L’université attend du secondaire des têtes bien faites, avec une certaine méthode de travail, et de bonnes habitudes de logique et de sens critique, et des caractères bien trempés, avec une ouverture au monde et aux autres. Nous nous chargeons de remplir ces têtes, et de les exercer à travailler sur les connaissances nouvelles et spécifiques. La méthode du secondaire est de développer ces qualités par l’étude approfondie de l’une ou l’autre matière. Il n’est évidemment possible de se former qu’après avoir acquis des connaissances dans la matière en question. En pratique, beaucoup de matières différentes conviennent à se former, mais seules celles qui sont étudiées de façon approfondie sont vraiment précieuses. Un étudiant du secondaire voit donc son temps partagé entre l’un ou l’autre cours formatif, et d’autres branches, vues de façon plus légère, qui sont simplement informatives. Ce qu’il faut éviter est de multiplier les cours informatifs au détriment d’un ou deux cours solides. Quels cours pour se former ? Sortons des grandes idées, et soyons très concrets. Plusieurs enquêtes statistiques ont été faites sur la réussite à l’université, dont une, précisément, dans ma faculté de médecine et médecine dentaire, tout récemment. Surprise : la cause majeure d’échec est la richesse insuffisante en français. À vrai dire, à côté de la paresse et du goût immodéré pour les fêtes, c’est la seule cause identifiée, quasi-universelle, d’échec. Je vais m’exprimer en termes de médecine : lorsqu’un enfant souffre d’une infection sévère des méninges au cours de ses premières années de vie, il voit disparaître un grand nombre de ses neurones (ses « câbles électriques ») dans son cerveau, et c’est un handicap insurmontable pour de hautes performances intellectuelles. Les câbles de notre cerveau sont des neurones au sens concret, mais, au sens fonctionnel, ce sont les phrases et les mots. Plus on domine les phrases et les mots, leurs nuances, leurs enchaînements, leurs pièges, leurs occasionnelles ambiguïtés, plus on est équipé pour comprendre, réfléchir, et mettre en mémoire utile. Ajoutons que pour nous, enfant du pays roman, ce sont les cours de français qui ouvrent à la poésie, au roman, à la pensée politique et philosophique. Un médecin doit s’intéresser à l’âme humaine dans toutes ses qualités et faiblesses, et c’est par une bonne connaissance du français que l’on élargit ses sources de connaissances humaines. Le grand public croit parfois que le diagnostic repose sur des faits objectifs, comme l’auscultation. En réalité, nonante pour cent du diagnostic provient de l’interrogatoire du malade : poser les bonnes questions, et décoder les réponses. On est dans un domaine plus subjectif, où dominer la langue est indispensable (tiens, les élèves voient-ils bien la différence entre « objectif » et « subjectif » ? Si ce n’est pas encore le cas, il y a urgence). Voici un premier point : le cours le plus important est le cours de français. Et ensuite ? Les statistiques nous montrent que le facteur prédictif le plus saillant pour la réussite en médecine ou dentisterie est d’avoir étudié le latin. Attention, bel exercice de vocabulaire et d’esprit critique que de lire cette phrase. Un facteur prédictif est un facteur de bon augure ; la phrase ne dit pas que de ne pas avoir fait de latin soit un handicap. La phrase ne dit pas non plus que « à qualités égales par ailleurs (même niveau de français, même intelligence mathématique, même qualité de raisonnement logique…) » le latin soit supérieur. Esprit critique : est-ce que les étudiants qui ont choisi le latin ne sont pas déjà un échantillon de meilleur pronostic ? Dans ce cas, ce ne serait pas d’avoir étudié le latin qui serait de bon augure, mais de l’avoir choisi. On pourrait concevoir que d’avoir choisi le latin soit associé à certaines tendances favorables, comme d’avoir des parents qui attachent de l’importance aux études, et d’avoir une personnalité ouverte aux conseils des autres… Concrètement, je retiendrai uniquement ceci, qui est très simple et rigoureux : avoir fait du latin plutôt que d’avoir approfondi sciences ou mathématiques n’est certainement pas un handicap pour réussir les études de médecine ou médecine dentaire. Interrogeons-nous un instant sur ce qu’est la médecine. Nous venons de souligner que l’écoute et la parole prennent la priorité sur l’auscultation, ce qui était quelque peu inattendu. La médecine n’est pas une science exacte. Elle utilise des sciences exactes, mais n’en est pas une, et est donc une science fort différente de celles qu’étudient vos élèves. Je connais la formule pour trouver les racines d’une équation du deuxième degré. Quelle que soit l’équation, j’applique la formule, et je trouve une unique bonne réponse (sans réfléchir). Je sais que l’acide chlorhydrique réagit avec l’hydroxyde de sodium pour donner du chlorure de sodium. Pas de surprise. Voyons maintenant les symptômes de la pneumonie : il y a souvent de la fièvre, mais elle peut manquer complètement (et c’est mauvais signe) ; il y a parfois un grand frissonnement en début de maladie, mais pas toujours ; le patient peut ressentir une difficulté respiratoire, mais celle-ci peut manquer ; il peut délirer, parfois ; il peut se plaindre d’une douleur d’un côté de la poitrine, mais ce signe est facultatif, et parfois la douleur est ressentie plutôt à l’épaule ou dans le flanc ; très rarement, le blanc de l’œil devient jaune, comme dans les maladies du foie, etc. Ajoutons qu’il y a mille causes de fièvre, cent de délire, cinquante de douleurs à la poitrine etc. Voila le travail : je dois trier, soupeser chaque symptôme, le confronter à la personnalité de mon patient (douillet ou dur ? anxieux ?), à son âge, à ses antécédents, à l’ordre dans lequel ces signes se succèdent, au bon sens (quand j’arrive en urgence, je le trouve assis devant la télévision, grignotant des chips – je doute de la pneumonie !) Gestion de l’incertitude (mon diagnostic de ce matin est relativement provisoire, voyons comment les choses évoluent), analyse critique de chacun des signes, importance majeure de l’attention aux données humaines… Difficile de trouver un exercice équivalent dans les cours de sciences du secondaire. Mais, d’autre part, c’est la démarche d’une version latine. À première lecture, je reconnais quelques mots, et je pose une hypothèse. Puis j’étudie l’agencement des mots, leur désinence, et je pars sur une meilleure hypothèse. Et quand j’ai fini, et que je suis content de moi, je dois avoir l’honnêteté de reconnaître que ce quod dans la phrase remet tout en question ! La version latine est une école incomparable de l’art du diagnostic. La place des mathématiques est minime dans la formation médicale. Lors des refontes de programme, j’aurais aimé en mettre un peu plus, mais mes collègues m'en ont dissuadé : certains s’avouent même bien peu compétents dans cette discipline, sans en avoir ressenti de réel obstacle dans leur formation médicale… Il y a des cours de statistiques, mais qui relèvent surtout de la logique (un exemple fondamental, facile à comprendre, mais moins évident à appliquer au quotidien : si deux phénomènes surviennent souvent ensemble, cela ne démontre pas que l’un est la cause de l’autre). Les conceptions mathématiques de la physiologie reposent largement sur la compréhension des graphes mais guère sur des formules. Il ne me viendrait pas à l’idée de mémoriser que la relation entre la force du cœur et son étirement musculaire « obéit à une équation quadratique », mais, comme mes confrères, j’ai bien en tête un graphe de la force en fonction de l’étirement, où je vois que la force augmente d’abord lorsque le muscle est étiré, puis atteint un plateau, pour se réduire enfin lorsque l’étirement musculaire dépasse un certain niveau. Au lit du malade, aucune formule ne passe dans ma tête, mais bien de nombreux graphes. Une compréhension parfaite des graphes est de la responsabilité des enseignants en mathématiques et en sciences, mais la difficulté de la tâche est limitée. Bien entendu, des cours de mathématiques approfondis au secondaire sont aussi une occasion de se former à la rigueur, à un certain esprit critique, à la persévérance et à l’intelligence. Les sciences ne sont précieuses que si le niveau est suffisant que pour dépasser l’information (acquérir des connaissance) pour atteindre la formation : réflexion, compréhension, découverte des pièges des fausses vérités. Avec une certaine tristesse – car c’est la branche apparemment la plus proche de mon domaine – c’est la biologie qui offre le moins d’opportunités de formation réellement utile pour les professions médicales. Le problème des sciences exactes est le peu de place laissée à la discussion et aux découvertes personnelles – mais il y a dans ce domaine des professeurs qui parviennent à exceller malgré tout. La valeur de la formation par le chemin des sciences exactes me paraît encore plus dépendante des qualités personnelles du professeur que celle des autres parcours. Je devrais souligner le potentiel formatif extraordinaire de la géographie, qui n’est science exacte que pour partie, mais qui n’est malheureusement pas une matière principale dans le parcours du secondaire. Pour résumer, pour ceux qui se destinent à la médecine ou l’art dentaire : – la maîtrise du français est une base capitale ; – le latin prépare certainement très bien ; – le latin n’est pas le seul chemin, puisqu’il y a d’aussi bons étudiants et médecins qui nous viennent des mathématiques ou des sciences ; – si les sciences paraissent utiles en apportant déjà quelques connaissances avant l’université, ce bénéfice est largement surévalué ; – il faut éviter de se disperser entre de nombreux cours à horaire trop limité. Voila, je me suis efforcé de répondre de mon mieux à vos questions. Mais, en harmonie avec ce que vous venez de lire, il serait favorable de confronter ces lignes à d’autres avis. J’ignore si vos élèves verront une utilité à ce billet, mais je suis heureusement certain que vous y trouverez un encouragement mérité pour l’exercice de votre beau métier. Avec mes sentiments les meilleurs, Pr. Francis Zech Louvain-en-Woluwe, 11 mars 201 https://www.louvainmedical.be/fr/article/questions-dune-enseignante-du-secondaire-et-reponses-dun-doyen-emerite-de-la-faculte-de?fbclid=IwAR3f92sAIXQtY4Ka6qTtA9z-8vnA9WWbUnUezHF-_uEZHMKDK_RVdLtiWZk
  • Une réflexion intéressante qui nous vient de Belgique, de Marc Vandersmissen, chercheur au Lasla de l'ULiège et maître-assistant en langue française à la Hél. sur l'obligation en Belgique pour les élèves d'avoir 2h de latin.

    MARIE ELINE BARRABES
    Modifié il y a 11 mois
    Non, le latin n’est pas la béquille d’une langue française en péril ! À l’heure où les grandes réformes définies par le Pacte d’excellence commencent à dessiner le contour des nouveaux référentiels, la place et le contenu du cours de latin soulèvent encore plusieurs interrogations. D’après les dernières annonces, cette matière occupera deux heures obligatoires dans le programme des élèves de deuxième et troisième années de l’enseignement secondaire. Pour l’instant, le latin semble attaché au cours de français et est présenté par le réformateur comme un remède aux difficultés en langue française, parfois nombreuses, des adolescents d’aujourd’hui. Si l’idée d’initier au latin l’ensemble des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles peut, à première vue, sembler excellente aux latinistes, son application pratique doit être le fruit d’une mûre réflexion sur la forme, le contenu et les objectifs de ce cours. Absence de visée utilitariste La première question qui se pose à un élève de 13 ans - ou à ses parents - est inévitablement la suivante : pourquoi rendre obligatoire l’étude d’une langue ancienne dans une réforme de l’enseignement, a fortiori, au XXIe siècle, ère de la digitalisation de notre société ? Les intérêts du latin sont nombreux et ont été étudiés en détail : esprit d’analyse, ouverture historique et culturelle, meilleure maîtrise du français, etc. Mais toutes ces qualités pourraient être obtenues grâce à d’autres cours (mathématiques, histoire et géographie, langues vivantes…). Permettez-moi donc de mettre ici en évidence deux spécificités du cours de latin qu’aucune autre discipline scolaire n’offre actuellement. La première, et non des moindres, est l’absence de visée utilitariste de cette matière. Étudier le latin n’apporte pas de résultat concret directement quantifiable à son praticien. Dans une société amenée à toujours plus de performance et de productivité, au sens étymologique du terme, le cours de latin peut donc devenir l’un des derniers espaces consacrés à la pensée et au travail pour eux-mêmes sans un retour attendu immédiatement consommable. Si le législateur a décidé de faire entrer chaque adolescent en contact avec le latin, il me semble injuste de le présenter ensuite comme la béquille d’une langue française en péril ; le latin en perdrait de facto sa force et sa légitimité. En corollaire, ce nouveau cours de latin, même s’il présentera intrinsèquement des liens avec celui de français, doit être construit en parfaite autonomie et répondre à ses propres objectifs de connaissance et de développement intellectuel. Étudier la civilisation romaine La seconde spécificité de la pratique du latin me semble tout aussi importante, mais rarement mise en évidence : étudier la civilisation romaine, par l’intermédiaire de sa langue, offre une opportunité unique de réfléchir à notre propre société conceptualisée en français. Les Romains sont à la fois suffisamment - bien qu’artificiellement - proches de nous, mais aussi radicalement différents de notre génération pour servir d’opérateurs de contraste avec notre organisation sociétale actuelle. Étudier la pensée romaine, exprimée par ses propres mots, permet donc de problématiser de manière indirecte les grandes évolutions de notre époque : la place de la femme, l’exploitation de l’homme par l’homme, le fonctionnement de la religion, la destruction de la nature, l’organisation politique… De plus, comme l’Empire romain a occupé l’ensemble du bassin méditerranéen et fut profondément hétérogène pendant toute son histoire, le cours de latin peut devenir le lieu d’une réflexion humaniste et un facteur puissant de cohésion culturelle. Toutefois, ces formidables perspectives ne sont possibles que par un retour systématique au texte source, condition sine qua non pour appréhender une pensée complexe et nuancée exprimée dans une langue inutilisée aujourd’hui. Le nouveau cours de latin doit donc dépasser l’introduction à la culture latine (le cours de grec a parfois été contraint de prendre cette forme pour survivre) et amener l’élève au texte latin le plus rapidement possible, même très court, en évitant autant que faire se peut l’utilisation de traductions. Quels professeurs ? Deux heures de cours par semaine pendant deux ans seront-elles suffisantes pour viser ces objectifs ambitieux ? Les latinophiles jugeront que c’est trop peu et les latinophobes trouveront que c’est déjà trop. Les professionnels de l’enseignement devront, quoi qu’il en soit, tirer parti de la structure qui leur sera proposée in fine. Autant que le temps consacré au latin, deux facteurs me semblent essentiels pour la réussite de ce cours. D’une part, il doit être assuré par des latinistes confirmés. Pour le moment, seuls les détenteurs d’un titre universitaire avec une spécialisation en langue latine en cinq ans sont habilités à enseigner le latin de la première à la dernière année du secondaire, le régendat français-latin ayant été supprimé des années auparavant. Mais la réforme de la formation initiale des enseignants vise à effacer à moyen terme cette spécificité. Elle annonce un master français-langues anciennes en hautes écoles, en quatre ans, à destination du cycle secondaire inférieur. Dans ce cadre, nous appelons donc le réformateur à proposer un enseignement supérieur en latin de haut niveau, riche et multidisciplinaire (philologie et littérature latines ; histoire, religion et philosophie romaines…) dont le but serait de former des professeurs autant pédagogues qu’experts de leur discipline. Sans cette condition, la qualité du nouveau cours de latin ne pourrait être assurée. Appel aux parents D’autre part, il me semble important d’attacher ce cours de latin - à destination de tous - à des éléments de l’entourage direct des étudiants, du moins dans un premier temps du processus : une inscription du quartier de l’école, une expression ou une devise latine, une exposition temporaire, un film ou un ouvrage récent… Cette première approche permettra de montrer aux élèves que le latin est encore présent et que son étude leur permet de mieux comprendre leur environnement. Elle offre aussi la possibilité de répondre aux profils variés des élèves en les mettant en contact avec différentes formes d’expression et de supports. Il s’agira ensuite de relier ces objets à l’étude de la langue latine elle-même, qui ouvrira l’accès à l’élève à de nouveaux contextes. Pour terminer, permettez-moi de lancer ici un appel aux politiques et aux acteurs de l’enseignement, mais aussi plus largement aux parents d’élèves : la mise en place du cours de latin dans le tronc commun ne peut réussir sans le soutien de l’ensemble de notre société. Puisque cette langue ancienne fait désormais partie de la formation de chaque enfant, nous avons tous une responsabilité dans son bon fonctionnement : puisqu’il participe à développer chez chacun une pensée critique et nuancée, soutenons un enseignement de qualité du latin pour tous ! https://www.lalibre.be/debats/opinions/non-le-latin-n-est-pas-la-bequille-d-une-langue-francaise-en-peril-5e5bd673d8ad58685c4e4f37?fbclid=IwAR3wgmwrMN_E8Toaxgmxgcyp08vUEXTXm9CDQeibTvot0Q8CgxemsURd2uk#.Xl1eaZ4UnE1.facebook